Aménagement touristique : évolution et perspectives
¤¤¤ De l’importance du tourisme dans les indicateurs du développement de la Tunisie,
aujourd’hui un « secteur moteur » et vital de l’économie tunisienne. Quelle a été l’évolution de l’aménagement touristique depuis l’indépendance jusqu’à
nos jours ?
Et quelles sont les perspectives de son développement ? ¤¤¤
L’aménagement touristique a connu 3 phases :
Le démarrage : 1959-1972
Le tout début est difficile. Cette phase peut être divisée en 2 périodes :
· La première période entre 1959 et 1962 :
Elle correspond à l’initiative de l’état qui a créé la SHTT (une société hôtelière
étatique qui a lancé le tourisme par la construction d’une série de grosses unités hôtelières
appelées Palaces, exemples : « Sousse Palace », « Skanès Palace »). C’est une série
isolée, parachutée parfois en pleine campagne, réalisée et gérée directement par l’état.
· La deuxième période entre 1963 et 1972 :
On assiste, alors, à un développement, tout azimut, sans aucun plan d’ensemble de
plusieurs embryons de zones touristiques à Tunis, Nabeul, Hammamet, Sousse, Monastir,
Jerba, Zarzis et Gabès. Un boom anarchique dû aux incitations prises en faveur du secteur
privé.
Cette phase est marquée par l’obsession de construire des hôtels isolés sans aucune
planification spatiale, ni équipements et infrastructures nécessaires.
Phase de la réorganisation : 1973-1981
Conscient des dangers l’état a cherché à organiser ce secteur et à planifier
l’aménagement de l’espace touristique littoral :
Par décret n°73-162 du 05/4/1973 les zones de Tunis-Nord, Tunis-Sud, Nabeul Hammamet,
Sousse, Jerba-Zarzis ont été classées zones prioritaires. Des plans d’aménagement leur ont
été préparés et approuvés.
L’état a pris en charge les infrastructures et a octroyé d’importants avantages aux
promoteurs. De même, pour assurer la maîtrise foncière l’état a créé en 1973 l’Agence
Foncière Touristique. Celle-ci, en tant qu’aménageur public, constitue l’une des originalités
de l’aménagement touristique tunisien.
Ainsi, jusqu’en 1980, l’espace touristique est demeuré essentiellement balnéaire et
basé sur l’hôtellerie classique : L’aménagement est de type linéaire sur le front de mer.
Ce modèle d’aménagement a parfois contribué à privatiser la plage et à rendre
difficile l’accès public à la mer. C’est donc, dans le cadre de la diversification et de
l’enrichissement du produit touristique, et pour sauvegarder l’accès public que le modèle
d’aménagement des zones touristiques a évolué vers une intégration et une diversification
des projets financés par des sociétés mixtes (Station El Kantaoui – Tabarka …). Ce modèle
a permis une occupation spatiale plus en profondeur ainsi que le développement de terrains
de golf, de sport, de ports de plaisance, et la mise en valeur du style architectural Arabo-
Musulman.
Développement du secteur : 1982-1998
Diversification du produit touristique
En fait, la diversification a commencé dans les années 70, mais elle est restée
modeste. Ainsi, face à l’essor du tourisme et encouragé par la réussite des stations
intégrées, l’état a cherché à diversifier davantage le produit touristique.
Des pôles de rayonnement, dans le Sud tunisien (Nefta - Tozeur - Douz - Kebili) et
dans le Nord-Ouest (Ain Draham…), ont été réalisés. Aussi, une nouvelle station intégrée
(Yasmine Hammamet) est en cours d’exécution. Calibrées à 15.000 lits et à plus de 300 ha
(chacune) les stations intégrées constituent des sous-ensembles notables du système littoral
tunisien.
Les objectifs recherchés par ces opérations sont :
· La promotion et la sauvegarde du patrimoine ;
· La participation au développement du Sud et du Nord-Ouest tunisien ;
· La diversification et l’enrichissement du produit touristique afin d’étaler, entre autres,
la saison touristique. C’est ainsi que l’Agence Foncière Touristique, en tant
qu’aménageur public, a été chargée de la réalisation de 6 terrains de golf, dont 4 sont
déjà réalisés : à Monastir en 1988 , Hammamet en 1987, Jerba en 1994, Tabarka en
1992 et 2 en cours à Mahdia et Tozeur.
La révision des plans d’aménagement
Le Ministère du Tourisme, par le biais de l’Agence Foncière Touristique a actualisé et
rendu cohérent la majorité des plans d’aménagement touristique sur le littoral tunisien, et ce
en concertation et en commun accord avec les collectivités publiques et les administrations
concernées.
Les objectifs de cette opération sont :
· La mise à jour et l’enrichissement de ces documents techn iques ;
· L’élimination des diverses contraintes surgies lors de l’application de ces plans ;
· L’augmentation de la capacité d’accueil par l’extension des zones et leur
densification.
En effet, la structure souvent linéaire du tissu hôtelier tunisien est gaspilleuse
d’espace. Sa densification est donc bénéfique à plus d’un titre :
· La récupération d’un espace précieux ;
· La rentabilisation des infrastructures existantes ;
· Le rassemblement d’une population touristique suffisamment nombreuse pour rendre
viables les équipements d’animation et de loisirs.
Suite à la réalisation et au fonctionnement des zones touristiques de 1re génération
ou dites classiques (Hammamet-Nabeul, Sousse, Dkhila-Monastir, Djerba), les leçons
montrent que les procédures adoptées (pour la maîtrise foncière, l’exécution des
infrastructures) ont été cohérentes. Par contre, la conception d’aménagement privilégiant le
zonage a surtout favorisé l’occupation linéaire, sans permettre l’organisation d’un véritable
espace de loisirs avec des pôles d’animation en articulation avec les espaces
d’hébergement.
Mais conscient de cela, les responsables n’hésitent pas à y remédier, dès que
l’opportunité s’y prête. En effet dans la zone de Dkhila-Monastir, 30 ha (Jenen El Ouest) ont
été uniquement affectés à des activités de loisirs. Et ce, afin d’assurer une harmonie entre
l’hébergement et l’animation.
Le renforcement et l’amélioration des infrastructures et de l’environnement
Rien qu’au cours de la décennie 1987-1997, environ 67 millions de dinars ont été
dépensés par l’état dans les zones touristiques. Rien qu’à Mahdia, environ 10 millions de
dinars ont été investis dans l’infrastructure de la zone touristique et ses environs.
Le Ministère du tourisme a largement contribué à la structuration de l’ axe de
développement du littoral. Par l’intensification des investissements infrastructurels qui y ont
été exécutés (routes, autoroutes, métro, ports, aéroports, centrales thermiques,
renforcement des réseaux de la STEG, des PTT, de la SONEDE et de l’ONAS) et par
l’augmentation des flux, il a contribué à l’émergence d’une structure axiale forte bien maillée.
Les préoccupations environnementales sont apparues très tôt, dès les premiers
plans d’aménagement touristique. En effet les réseaux d’infrastructure et d’équipement, y
compris les stations d’épuration des eaux usées, ont été pris en charge par l’état. Ils sont de
plus en plus renforcées et améliorées. A Yasmin-Hammamet, toutes les infrastructures sont
souterraines.
Aussi, dans les zones touristiques, l’une des préoccupations constantes des
aménageurs a été la promotion des espaces verts. Les 3/4 de chaque unité hôtelière sont
réservés à la verdure. Seul 1/4 est destiné à la construction. Et rares sont les hôtels qui
dépassent les 4 niveaux.
A El kantaoui plus de la moitié ( 150 ha) de la station sont des espaces verts publics
ou privés. Ce qui lui a valu l’appellation de « 1er port jardin de la Méditerranée ».
A Mahdia pour la première fois, au coeur de la zone touristique, un parc public de
3,5 ha a été créé.
Cet engouement pour les espaces verts a fait dire à certains que la politique
d’aménagement touristique est gaspilleuse d’espace.
Conclusion
Le tourisme, qui a été une opportunité de développement durant les années 60, puis
un choix de croissance économique durant les années 70 et 80, est en passe de devenir
une nécessité pour l’avenir économique de la Tunisie.
A l’horizon 2000, la capacité d’hébergement prévue à 200.000 ne sera en réalité
qu’un seuil. Les zones touristiques dédiées à l’hôte llerie et aux résidences secondaires
n’occupent que 80 km (sur 1300 km de côtes), soit 6% sur une frange allant de 1 à 2 km.
Les projets touristiques identifiés, étudiés ou en cours d’étude (Selloum, Hergla, Lella
Hadria, Guedabna, Kerkenah, Zouarâa, Kélibia), porteraient, s’ils étaient tous réalisés au
cours des Xe et XIe plans, le nombre de lits à 280.000 et le nombre de Km à 140.
Les perspectives : pour un aménagement touristique intégré à
l’environnement
A la fin du XXe siècle et au début du XXIe, les impératifs de la globalisation nous
obligent à être en position de force face à la concurrence internationale.
un aménagement équilibré rationnel et durable
Compte tenu de l’évolution économique du pays et de la mondialisation, le tourisme
occupe désormais, une place stratégique et ceci à plus d’un titre.
En effet, ce secteur dont les résultats sont positifs, s’est adapté à
l’internationalisation. Il doit être conforté dans son rôle de pourvoyeur de devises et de
catalyseur de l’économie tunisienne, puisqu’il irrigue tout le tissu économique. Il est aussi
considéré comme un vecteur de modernisation de la société et de l’espace. Il participe
amplement à la concrétisation d’un saut qualificatif vers une plus grande intégration du pays
au contexte mondial. Enfin territorialement, le tourisme tunisien est orienté vers les zones
côtières. Le créneau balnéaire fait de lui une activité par essence littorale.
Ceci ne doit pas nous faire oublier le développement de nouveaux produits, encore à
peine ébauchés, comme le tourisme culturel de circuits, le tourisme de loisirs et de
découvertes (sport, culture, nature).
Mais, néanmoins, il ne faut pas se leurrer ; c'est le « balnéarisme » qui restera pour
longtemps encore le moteur principal du tourisme tunisien.
Au cours des Xe et XIe plans, les futures stations touristiques se trouveront sur le
littoral : Lella Hadria, Kerkenah, Guedabna, Selloum, Kelibia, Bekalta, Hergla,… Une
meilleure concertation et meilleure réflexion entre les différentes administrations concernées
par l’aménagement du littoral est indispensable. La recherche d’un équilibre et d’une
péréquation entre le développement touristique et la sauvegarde de l’écosystème est
nécessaire. Les changements qu’a connus la Tunisie au cours de ces dernières décennies
justifient, en grande partie, l’intérêt accordé à l’environnement.
L’administration du tourisme a toujours considéré que l’aménagement touristique
constitue le cadre approprié et la forme moderne de protection de l’environnement.
Aujourd’hui, dans l’affirmation d’un développement durable, les rapports instaurés
depuis toujours, entre le tourisme et l’espace géographique trouvent leur salut et une
intégration institutionnelle appropriée. La collaboration et la concertation entre les divers
acteurs et intervenants dans l’aménagement spatial sont plus que nécessaires.
Les caractéristiques particulières de nos sites exigent des efforts importants pour une
parfaite adaptation des aménagements à l’environnement physique.
Il y a lieu, à cet eff et, de tenir de plus en plus compte de la fragilité des écosystèmes
en évitant tout développement qui peut nuire à l’équilibre, à l’esthétique et au caractère des
paysages et des sites.
La dimension environnementale du développement touristique devrait être un autre
atout du tourisme tunisien. La qualité des milieux naturels est non seulement nécessaire
comme cadre de vie et de détente, mais elle est aussi une formidable force de vente pour
attirer des flux croissants de vacanciers vers les rivages, les montagnes du nord-ouest et les
zones désertiques.
La Tunisie est certes géographiquement un petit pays, mais elle constitue un
ensemble naturel riche et diversifié. Il réunit trois grands domaines naturels :
· Le domaine atlasique continental et montagneux à l’ouest.
· Le domaine saharien (au-delà du limes).
· Le domaine des plaines orientales et littorales.
Ces trois domaines comprennent une multitude de milieux et de paysages aux
intérêts écologiques et récréatifs inestimables, mais ils restent insuffisamment valorisés.
L’écotourisme n’a pas connu un essor important bien que la Tunisie compte, entre
autres, huit parcs nationaux et plusieurs réserves naturelles.
Pour assurer un développement harmonieux du tourisme écologique il y a lieu de :
· Identifier les sites d’importance paysagère afin d’aboutir à une cartographie des sites
écotouristiques sur tout le territoire ;
· Déterminer la capacité de charge de chaque site en prenant comme objectif la
conservation et l’utilisation durable de notre patrimoine ;
· Aménager les sites sélectionnés, l’aménagement de centres d’accueil et la mise en
place d’activités culturelles ;
· Prévoir des avantages particuliers aux investisseurs ;
· Mettre en place un cadre juridique pour la gestion des sites sélectionnés ;
· Favoriser une démarche partenariale entre l’état et les collectivités publiques et
contractuelles et entre le secteur public et les acteurs privés ;
· Réserver des moyens financiers spécifiques pour la gestion de ces territoires.
Les avantages de l’écotourisme sont nombreux :
· Il favorise la protection de la région.
· Il assure une participation des populations locales à l’activité socio -économique.
· Il contribue au développement durable.
· Il favorise une prise de conscience en matière de protection environnementale.
Tourisme culturel
Ces paysages sont tramés de vestiges et de monuments…par les nombreuses
cultures et civilisations qui se sont succédées sur cette terre.
Notre riche patrimoine représente un capital culturel et social important. Il appartient
à tous les intervenants d’assurer judicieusement sa protection, sa conservation et sa mise
en valeur.
C’est le cas des zones de Bekalta et Guédhabna. Leur atout réside, entre autres,
dans l’existence de deux zones archéologiques.
Conclusion
Face, à la fois, à la concurrence internationale, à la nouvelle demande des
voyagistes, aux nouvelles exigences et au contexte international, tous les intervenants sont
contraints de contribuer au développement de l’écotourisme et du tourisme culturel, et ce,
parallèlement au tourisme balnéaire.
Durant le prochain siècle, la coexistence de ces trois types de tourisme est
impérative pour la survie de cette activité.
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